[Critique] « Summer » de Alanté Kavaïté

27 août

 

Pour remplacer la lampe de poche, une idée lumineuse...

Une idée lumineuse pour remplacer la lampe de poche.

 

 C’est en plein été que Summer nous donne envie de retourner dans les salles de cinéma. Jeux de mots mis à part, ce joli film lituanien, réalisé certes par une franco-lituanienne élève de la FEMIS, est une belle surprise.

 Très doux et enchanteur par ses moments de liberté, il nous entraîne sur les rives de la Baltique et vers une anti-carte postale du plus sudiste des pays baltes. Si l’on n’entre pas dans les villes, ou seulement à leur lisière, dans la banlieue peu visitée, l’on entre bel et bien dans les états d’âme des deux héroïnes. L’on choisit ici de nous indiquer que l’amour peut nous tirer vers le haut plutôt que d’être toujours compliqué, même s’il conserve ses parts d’ombre.

 L’on aborde les sujets épineux de cette société de façon feutrée, détournée : la jeunesse dépressive – la Lituanie étant le pays le plus suicidaire de la planète – est incarnée par l’une des deux jeunes adultes, et lorsque l’on évoque son avenir, la réponse cinglante n’encourage en rien à l’espoir. Il y a une facilité dangereuse dans laquelle il ne faut pas tomber quand l’on est une jeune femme balte. En creux, il est aussi question de l’exode d’une partie de la population, désargentée, mais très débrouillarde – l’on peut faire de la couture de qualité, surtout personnelle, sans qu’elle soit haute – et en quête d’un avenir meilleur. Loin des centrales électriques qui bourdonnent, donnent le cafard, et de cette tour infernale.

 Celle qui souffre, Julija Steponaityte, dont la performance est à souligner au même titre que celle de celle qui est heureuse,  Aiste Dirziute, n’est pas un garçon manqué, expression désastreuse qui en dit long sur la domination masculine. C’est une femme avec du caractère, qui cherche à se connaître, à expérimenter pour avancer. Être libre n’a pas de sexe.

 De sexe parlons-en. D’amour fou dans un sous-sol de sous-bois luxuriant en plan « cul-nu avec gémissement » dans les herbes folles, le film mélange les langues et les sensualités dans une finesse permanente, une toute petite musique accompagne les ébats. Là encore, le plaisir n’est pas diabolisé, il est simple, évident.

 Cela dit, je comprends que cela puisse paraître scolaire dans le parallèle entre s’envoyer en l’air et monter dans un avion, entre avoir le vertige amoureux et voler de ses propres ailes pour vaincre sa peur du vertige. Il se trouve qu’une des spécialités locales consiste à faire de la voltige, il était donc tentant pour la réalisatrice d’embrasser le plus possible les composantes de son pays. La subtilité se situe plus dans la mise en scène, dans la façon de montrer les corps, d’exhiber les cicatrices de l’âme et de les montrer inscrites sur l’enveloppe charnelle. Pas un gramme de vulgarité à l’horizon, et pourtant, entre deux jeunes femmes aussi belles, il y avait la place pour attirer un certain public.

 Mais ce ne sont pas en tant que femmes-objets du désir d’un homme qu’elles sont filmées, ce qui constitue un vrai frein pour les millions de badauds qui n’y ont jamais réfléchi. Alors voilà, un film simple comme une promenade dans les champs qui met du temps à vous conquérir, à grandir en vous, avec des maladresses d’élève appliquée dans un art qui demande plus de créativité. Mais comme de retour à la maison après votre escapade forestière, plusieurs paysages, plusieurs plans (le restaurant épuré, les usines, la maison en bois et le jardin illuminé) vous feront faire l’analogie avec des frôlements de peau, des odeurs qui embellissent le quotidien. Encore faut-il en prendre le temps dans nos vies rabougries.

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