[Critique]  » A voix haute : la force de la parole » de Stéphane De Freitas

17 mai

 

Leïla Bekhti et Edouard Baer font partie du jury lors de la finale du concours

Leïla Bekhti et Edouard Baer font partie du jury lors de la finale du concours

 

La bien-pensance vous emmerde. Non pas de gros mots, c’est contre productif. Elle vous ennuie. Elle ne nous prépare pas à un combat perdu d’avance, à l’image de toutes ces guerres – « depuis tant de grands soirs que tant de têtes tombent, au paradis sur terre on y serait déjà »- mais à la réconciliation, pas au tous ensemble car tous pareils, cette laïcité molle qui n’apportera que du sang quand on se rendra compte de nos différences, mais au tous ensemble diverse et multiculturel. Et elle produit de jolis films en prime. Il y en a plein là ou je vais au cinéma,  là ou Yann Moix y trouve un nid de bobos et de gens sans visages parfumés au patchouli.

La diversité, elle ose tout et c’est même à ça qu’on la reconnaît. Ce film aide à faire réaliser à ceux qui ne le savent pas encore que les autres loin d’être l’enfer sont une richesse folle pour nous-mêmes, que les gens qui n’ont pas d’argent ont mille chose à nous offrir. Les Autres ont beaucoup à nous apprendre et à nous dire. Dès l’inspiration avant de parler, on sent que de leur cage thoracique gonflée, il va souffler un élan de liberté, de féminisme, de colère, de culture. C’est le temps du film, une respiration complète, un flot continu aiguillé par des professeurs formidables, durs et justes, qui y croient encore, et qui entraînent dans leur sillon des adolescents et jeunes adultes vers un monde commun.

Leur liberté est celle d’accéder au dictionnaire plutôt qu’à internet quand ils cherchent un mot, un sens à leur vie. Quand ils doutent, ils en font une force car ils l’expriment au lieu de la garder et de se ronger de l’intérieur. Quand on entends un jeune homme comprendre l’intérêt de la marche en solitaire, de la vie à la campagne on reprends vie instantanément. On se gonfle encore un peu plus quand une femme voilée se révèle féministe, progressiste et nous explique tout en douceur que le maquillage ne rime pas avec féminité, que c’est aussi une prison délibérée comme une autre. Banlieusarde et fière de l’être. Elle lit Hugo même s’il battait sa femme. Leur colère est dirigée contre les mots employés par ce qui pensent être au dessus et qui les qualifie de France d’en bas, d’assistés. Ils ne se trompent pas de combat eux.

Voilà une cure de jouvence, un « La cour de Babel » encore plus réussi, un feel-good movie productif. L’argument néfaste de qualifier de bobos les réalisateurs et de propagande le film ne tient pas ici : il ne s’agit pas de discours mais d’actes. On voit bien l’évolution des mentalités, du langage au fil des épisodes, des rencontres. A moins de vouloir du mal à ces jeunes personnes toutes très volontaires, l’argument ne tient pas. A travers les joutes verbales, on peut y voir un parallèle et un hommage au rap, les jeunes gens grandissent et s’ouvrent au monde. De plus, il y a certains passages, comme la réponse façon Charlie Hebdo d’un des participants pas consensuels et très intéressants.

Il fait beau sur la terrasse et dehors des jeunes gens se prennent dans les bras devant le cinéma, forts de leur expérience visuelle. A armes égales, la fraternité est plus facile à mettre en place. Les bien-pensants sont cependant toujours montrés du doigt. Mais les personnes visées peuvent leur répondre avec des mots, les mots justes.

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