[Critique]  » Rara » de María José San Martín en écoutant « L’honneur » de Carmen Maria Vega

23 juin

 

 

Aller jusqu'à rire des regards rageurs...

Aller jusqu’à rire des regards rageurs…

 

« Rara », c’est un mot qui en dit long sur le film, et sur lequel on doit d’abord s’attarder. De ses différents sens, partent plusieurs pistes de compréhension. Rare, parce qu’avoir des parents de même sexe n’est pas banal, différent parce que la vie se retrouve changée, et enfin il signifie aussi homosexuel de façon familière. Et c’est justement cet aspect péjoratif et mou de la société que la réalisatrice s’attache à montrer. Ici, pas d’envolée lyrique contre les gouines ou les pédés, mais une sorte de manif pour tous de gens qui ont le droit après tout sans être agressifs d’avoir une opinion, voilà pourquoi la cacher.

Au Chili comme ailleurs, a Viña del Mar lieu touristique, riche et peut-être un peu plus émancipé que le reste du pays, l’ignorance et le conservatisme ont changé de visage : les personnages, tous d’ailleurs très bien brossés avec des nuances et sans haine apparente, entraînent le couple lesbien vers des disputes infernales sans queue ni tête, font douter les enfants, et emmènent les thèmes de l’identité, et de l’honneur à ou il y avait des cadeaux d’anniversaire ratés et du bonheur dans le jardin.

Le film aurait pu s’appeler aussi « Pérfido » ce qui veut dire sournois, tant la normalité sûre d’elle entoure l’adolescence de Sara, la prends dans ses bras de professeur tranquille à l’ombre d’un joli jardin, l’étreint plus fort encore même si elle ne se laisse pas faire physiquement, quand son père essaie de lui parler avec ce ton doucereux et viril, lui qui a une femme normale, et l’étouffe carrément quand elle doit rendre des comptes à sa meilleure amie. Au final, c’est la période pendant laquelle on se construit et qui nous fait nous poser toutes les questions existentielles qui remet tout en cause, et c’est le tribunal, qu’on ne verra pas une seule seconde, qui décidera que l’instabilité de l’adolescence est créée par ce désordre jamais nommé.

Dans la tragédie qu’est une comédie hispanique pour tout français, il y a des moments savoureux où chaque dispute ressemble à une exagération surjouée, un combat de à qui parle le plus vite, et la plus petite des deux sœurs offre un visage étonnamment adulte, rafraîchissant, blagueur, taquin. Malgré la fin triste mais courageuse, l’atmosphère générale est vraiment plaisante, pas anxiogène, à l’image du couple central, de leur maison et leur petit jardin, de leurs idées politiques évoquées rapidement et au progressisme certain.

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