[Critique] « Ava » de Léa Mysius

1 juil

 

ava

« Ava » ça veut dire je désire, mais je désire quoi?

 

Léa Mysius est une ancienne élève de la fémis et ça se sent à plein nez ici. Au milieu des Rebecca Zlotowski, Katell Quillévéré et autre Alice Winocour, elle ne dénote pas. Non pas que ces femmes – la France est le pays au monde ou il y a le plus de réalisatrices : chouette! – fassent un boulot peu intéressant loin de là et puis Céline Sciamma et Deniz Gamze Ergüven sortent aussi de cette école, mais il peut se résumer sous une bannière peu réjouissante au premier abord, celle d’un cinéma d’adolescentes encore rêveuses – le cinéma n’est-il pas en partie du fantasme? -et qui récite un peu trop ses gammes apprises en cours en les déclinant, certes selon leurs personnalités.

C’est ainsi qu’on a droit à des ingrédients qui ne sauraient convaincre de l’originalité du film, malgré une maîtrise sans cesse éprouvée : des cauchemars basés sur une psychologie élémentaire et un symbolisme lourd, une escapade libre ou il ne manque plus que le cambriolage d’une banque pour être dans la routine absolue du genre, des pistes habilement lancées puis abandonnées -est-ce un film politique? ah non finalement pas, et ces jours qui s’allongent et qui rétrécissent. Mais il y a du charme et du vécu souvent. Et au lieu de s’ébahir des images, on se laisse doucement porter gentiment.

La présence de Laure Calamy, qui faisait pipi debout dans un autre film, est à ce titre apaisante et rassurante. On dirait qu’au delà du rôle qu’elle tient -la mère libérée et sensuelle qui élève seule ses deux filles, elle emmène une expérience et une manière d’être qui contrebalance la moue boudeuse et l’innocence de l’actrice de dix-huit ans Noée Abita qui montre ici une belle faculté à lâcher prise et laisse augurer une carrière prometteuse.

Il y a aussi des jolies choses à voir avant de moins voir, puis de ne plus voir du tout: des amours impossibles qui se réalisent, des cavales magiques qui permettent de faire voyager un chien au vent comme il aimerait sans doute, des mariages pluvieux et heureux, des danses endiablées et improvisées, et un soleil sur les peaux, le sable et les blockhaus, une fascination pour l’étranger à la peau tannée, une liberté sage oui mais c’est déjà ça.

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