[Critique]  » Faute d’amour » d’Andreï Zviaguintsev

30 sept

faute

Ni le père, ni la mère ne veulent de l’enfant. C’est aussi l’idée de départ de « Papa ou maman »…

Mais ou est donc passé Aliocha, ce cher Aliocha? Il était là et il est parti parce que ses parents, voyez vous ne s’entendent plus. Et lui pleurait dans la pénombre parce que, voyez vous son papa et sa maman ( un papa une maman, un papa une maman lol) se disputent, haussent la voix. Ces mauvais parents qui ont leur vie sexuelle chacun de leur côté, c’est bien dégoûtant l’émancipation menée par les francs-maçons et le diktat de la modernité des mœurs (lol) et qui délaissent le cher Aliocha. Ce qui apparaît réactionnaire pour nous ici en France, et encore certains pourraient défendre cette position ici aussi, est plus banal en Russie semble-t-il puisque même un cinéaste engagé peut appliquer ce schéma familial là. Il faut dire aussi qu’au delà du fond, la forme est elle aussi académique : la manière de s’appesantir, pas désagréable loin de là, sur les paysages ou les immeubles détruits et abandonnés, les datchas perpétue une tradition russe de Tarkovsky à Lounguine.

Andreï Zviaguintsev décline ici son cinéma de toujours avec moins de réussite que dans « Léviathan » tout de même, mais dans la même veine que dans »Le bannissement. Il fait des films différents mais sur le même sujet : la famille. Par ce dispositif, il s’occupe de la différence en tant que telle, des nuances entre les vies de famille, les classes sociales, le couple et ce qu’il devient, les situations plus ou moins complexes, et ne s’éparpille pas vers d’autres sujets qui pourraient donner l’illusion de différence mais qui seraient autres. On reconnaît aussi ses lubies : l’abandon ( dans « Faute d’amour » comme dans « Le retour », se faire sortir d’une voiture et errer le long de la route), le père absent ou revenant ou fuyant ses responsabilités, la mère adultère, les manques de l’État pointés du doigt voir même la corruption, et une violence certaine des hommes qui ont la main leste.

Tout cinéaste d’auteur qu’il est, Zviaguintsev ne se démarque pas tant que ça de sa culture d’origine : prendre la bible pour référence et dire qu’elle est dévoyée est certes une belle chose. Mais c’est l’arme banale de ceux qui considèrent qu’avant que la religion soit déformée par les hommes, elle fut noble. « Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit. » : c’est ce qu’on entends dans « Le bannissement » et c’est ce qui enfantera « Faute d’amour ».

On a la sensation qu’avec ce long métrage, le réalisateur réagis plus à l’injonction  » aujourd’hui, les parents feraient mieux de s’occuper de leurs enfants au lieu de les laisser traîner dans la rue » qu’au film de Bergman  » Scènes de la vie conjugale » pour tenter de l’actualiser. Bergman lui à l’époque étalait au grand jour le linge sale lavé en famille, pour exposer les ambiances les plus sordides, les plus nauséabondes – ce qui a pu donner « Festen » par exemple- alors que Zviaguintsev semble avoir un train de retard. Dire des choses de la société c’est bien, dire des choses pour la faire évoluer c’est encore mieux.

 

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