[Critique] « Une grande fille » de Kantemir Balagov

19 août

une grande fille à qui on a dit "chut" trop longtemps...

Une grande fille à qui l’on a dit « Chut » trop longtemps…

 

 Un russe - Kantemir Balagov est né à Naltchik, ville de la gloire militaire – qui fait un film sur la guerre, c’est tellement cliché. Cette fascination pour la mort et pour le conflit a habité beaucoup de réalisateurs de la même nationalité, et après tout, on ne peut faire un film que sur ce que l’on connait. Ici, et c’est plus original, ce n’est pas sur la guerre précisément mais sur ses répercussions, sur les blessures morales et physiques, sur les gens et leurs états d’âme : à quel point la guerre froide glace l’espoir ?

 Devant l’affiche, on se dit déjà que l’on va avoir droit à des plans-séquences et à des couleurs dignes d’un tableau mélancolique, un peu comme La jeune fille à la perle. C’est effectivement le cas mais ce n’est nullement un défaut ici car les faits sont assez douloureux, profonds, pour nous porter à penser pendant les moments plus contemplatifs. La mise en scène est énergique et, au final, il se passe beaucoup de choses, c’est un film que l’on peut raconter, pas seulement une expérience visuelle.

 Adapté de l’essai de Svetlana Aleksievitch : La guerre n’a pas un visage de femme, le film de Balagov gomme en partie le message féministe implicite du livre mais en restitue tout de même la force. D’ailleurs, le discours politique apparaît audacieux par bribes – ces deux femmes, quelle relation existe-t-il entre elles ? – et conventionnel à d’autres moments, comme s’il ne savait de quel côté pencher, comme pour signifier que dans la vie, rien n’est tout blanc ni tout noir. Le réalisateur choisit des thèmes très actuels, quoique éternels, comme la gestation pour autrui, le droit de décider de sa fin de vie et d’autres encore sans avoir l’air d’y toucher.

 Il brosse aussi le portrait d’une société où la lutte des classes existe plus que jamais, et il organise tout son film pour ce climax, pour mettre à l’honneur à travers l’une des deux jeunes femmes, empêchée d’enfanter car elle n’a plus rien pour le faire et que l’on a appris à aimer pendant les deux premières heures, le rôle qu’ont tenu certaines femmes pendant la deuxième guerre mondiale alors que d’autres en profitaient et prospéraient loin du front. Cette grande fille, de taille, a du mal à s’exprimer, ses mots sont bloqués dans sa bouche, comme la parole de ces femmes qui ont lutté elles aussi sans avoir droit au chapitre. Cette grande fille, colosse aux pieds d’argile – la Russie d’après les livres d’histoire – est peureuse, tremblante face à son avenir tant le passé fut douloureux.

 

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