[Critique] « Les misérables » de Ladj Ly

5 jan

les miserables

Les misérables, c’est nous !

 

 Il est fort dommage que tout ce qui fait cinéma ici soit du déjà-vu, que ce titre soit une référence usée et pas très originale et que les interviews du réalisateur soient maladroites. Le film est cependant réussi à mes yeux, avec ces mêmes défauts et beaucoup plus de qualités : c’est dans des discussions anodines que l’on en apprend beaucoup sur les deux castes qui vivent en France, sur les hiérarchies de ces clans.

 Émancipé de certains carcans comme des personnages trop tièdes ou des plans trop précieux pour être honnêtes, Ladj Ly nous parle de ce qu’il connaît, c’est évident, avec sa mise en scène qui expose son point de vue. Il choisit une équipe de flics qui représentent le mieux ceux qu’il a rencontrés, il met du cœur à nous décrire les personnages de ce quartier sensible, qui le devient d’autant plus quand on a fait sa connaissance. Là aussi, il demeure selon moi prisonnier de certains clichés : la première scène est dans ce sens peu inspirée, les jeunes gens de toutes origines se reconnaîtraient dans une France qui ne les a pas intégrés. C’est possible après tout, on a bien parlé de phénomène « black-blanc-beur » après une coupe du monde.

 L’humour beauf, très présent, est une façon détournée d’attirer un grand public friand de Jean-Marie Bigard, pour les droitistes, et de Pierre-Emmanuel Barré, pour les gauchistes, tout en satisfaisant un public plus exigeant en laissant dire ces phrases tout autant provocantes qu’imbéciles à un personnage peu recommandable. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le film est avant tout un état des lieux d’une France coupée en deux doublé d’un constat cinglant sur le fonctionnement de la Police, un focus sur le véritable racisme ambiant. Il montre comment l’État creuse chaque jour un peu plus le fossé entre eux et nous, ou entre nous et eux, entre ceux qui ont un héritage français d’après des critères obsolètes et ceux qui ont tout à prouver au quotidien. Les éternels gilets jaunes contre des aveugles et sourds aux autres.

 Heureusement, le film n’est pas positif. Sera-t-il pour autant préféré dans les écoles aux films d’Abd al Malik ? 

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