[Critique] « It must be heaven » d’Elia Suleiman

11 jan

itmustbeheaven

« Oh, comment tu parles à ma sœur ? »

 

 

 Déjà héros malgré lui de ses propres films, comme un Emmanuel Mouret central mais peu bavard (en effet, il ne prononce que les mots Jérusalem et Palestine), Elia Suleiman pousse ici le bouchon de l’égocentrisme un peu trop loin. Il est de tous les plans, et l’on a l’impression que son propos universel ou tout du moins revendicatif s’est affaibli au profit de son petit nombril. Elia dans son jardin, Elia et ses voisins, Elia qui regarde les femmes passer, notamment sa propre femme Yasmine Hamdan, Elia au café, pour nous dire quoi au final ? Que les voisins sont des sans-gêne de nos jours, que les femmes sont belles à Paris, tu parles d’un propos.

 Certaines scènes sont même un peu gênantes tant elles semblent intimes et peu intéressantes : un imprésario refuse son film – il incarne son propre rôle au point d’être un réalisateur dans son film – car Elia ne parle pas assez de la situation en Palestine comme il le faisait auparavant. Paradoxe : il ne fait ici cela qu’en creux ou de façon frontale. Le film est même signé en ce sens. Un chauffeur de taxi new-yorkais s’exclame rencontrer un palestinien en vrai, des japonais visitent Paris, les étasuniens portent tous des armes en faisant leurs courses et, combat des combats de ce bas monde, une terrasse de café parisienne est vérifiée scrupuleusement par des agents, c’était à dénoncer, bravo l’artiste.

 Il semblerait qu’Elia ait perdu son élan et sa naïveté, ce regard sur le monde. It must be heaven, comprenez « Ce doit être le paradis », quelle phrase encourageante et optimiste : voyez comme il est facile d’être sarcastique. À force d’être seulement dans le constat, d’écarquiller les yeux sans plus y croire, le scénario se perd et nous avec. Qu’est-ce que les idées vieillissent en même temps que les corps : la violence serait en quelque sorte partout la même. C’est souvent à la lumière du plus mauvais film d’un réalisateur que l’on relit ses autres œuvres.

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