[Critique] « Ext. night » d’Ahmad Abdalla sur MUBI

25 nov

 

Habibi oh habibi...

Habibi oh habibi…

 

 Le cinéma, c’est la découverte du monde.

 L’Égypte, hors des pyramides et des a priori. D’ailleurs, dans le film, le cinéaste fait partie de la classe moyenne-haute cairote (OSS 117 si tu nous écoutes), Mohamed Abdel Hady n’existe pas réellement, il est le double à l’écran du vrai réalisateur Ahmad Abdalla et il est le vecteur d’une partie de la société éduquée, très décriée, qui parle anglais dans une fin de phrase commencée en arabe, vue comme un ennemi du peuple la plupart du temps. Il va nous emmener avec lui en taxi (après Taxi Téhéran, Taxi Le Caire !) dans les complexités, dans une nuit des quartiers de la capitale, le dédale symbolique des embrouilles qui commencent et n’en finissent pas. C’est sur la dualité pauvre-riche mais aussi homme-femme et moraliste-émancipé, sur les différences, que reposent les thèmes les plus abordés ici, comme un Intouchables ou un Parasite où les opposés dialoguent, s’affrontent, se frictionnent, se nourrissent aussi.

 Émaillé de digressions subtiles sur un homme qui part dans un bateau de fortune, de pauvreté devrait-on dire, vers un eldorado et qui n’y parvient pas, le film est aussi l’occasion de mettre en évidence le nombre d’égyptiens qui tentent de fuir par la mer, et celle de se plaindre des conditions de circulation et du manque de places de parking, mais enfin que fait la mairie de cette ville ?

 Manger des lupins avec du citron et du piment puis des pois chiches chauds dans des chopes, écouter des chansons enthousiasmantes pleines de passion et de gestes avec les mains, essayer des petites pilules étranges, avoir la tête qui tourne, boire pour ne plus savoir si la réalité est un rêve ou inversement, se mêler à un mariage au hasard seulement pour danser et goûter à l’ambiance, pousser des vieilles voitures en panne, il semblerait que beaucoup de ces actions soient hors-la-loi en Égypte. Il apparaît aussi que, la corruption étant commune, des personnes plus réputées ou riches puissent bénéficier d’avantages et pensent pouvoir tout acheter. 

 Et puis Sherine est venue, et elle a tout emporté avec sa voix, elle a ouvert le toit et nous a fait redresser la tête face à la vie. Sherine Abdel Wahab illumine la dernière partie du film sans même apparaître, elle est la toile de fond de la réconciliation, du mariage fictif, de la leçon, de la fuite. Elle vient nous en chanter par-dessus les toits du Caire, empêcher la source de l’espoir de tarir sur la place du même nom (célèbre pour un combat perpétuel, tant qu’il y aura des injustices), elle est jusque dans les yeux de cette jeune femme qui voit son homme de retour, jusque dans les mots du script, elle est partout dans ma vie depuis.

 À la question « Êtes-vous heureux ? », qui serait une préoccupation terriblement occidentale, il semblerait que sur les deux rives du Nil on ait aussi envie de répondre, et le film nous mène vers différents bonheurs ou sur la voie de la différence d’ambiances, de rencontres et de mœurs, en tant qu’essences du bonheur.

 Les islamo-gauchistes qui regardent des films d’auteur vous saluent bien bas et vous emmerdent.

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